Travailleur handicapé : le parcours du combattant

20 novembre 2014

Est-ce un luxe aujourd’hui d’avoir un emploi lorsqu’on est atteint de handicap ? Voici une question bien osée mais qui se pose puisque l’on sait aujourd’hui que le taux d’emploi des personnes handicapées (35%) est deux fois moins élevé que celui du reste de la population active (65%).
A l’occasion de la semaine pour l’emploi des personnes handicapées qui se tient du 17 au 23 novembre, nous avons mis à l’honneur Mohamed Mankouri, chargé de développement pour AADSP Voyages et tétraplégique de naissance. Il revient sur les nombreux freins qui ont ponctué son parcours estudiantins et professionnels.
Nous l’avons rencontré.

 

 

Bonjour Mohamed, présentez-vous rapidement ?
J’ai 41 ans, je vis à Pontoise et j’occupe depuis plus d’un an le poste de chargé de développement pour AADSP Voyages, une société d’AADSP Group.
Quel-est votre handicap ?
Je suis tétraplégique de naissance.
Quel cursus scolaire avez-vous suivi ?

J’ai validé un BTS en informatique de gestion en 1996 et un DEUG MIAS en 2000 (Mathématiques et Informatique Appliquées aux Sciences).
Avez-vous été confronté à des obstacles durant votre cursus scolaire (pour accéder à des formations, refus de certains établissements, combat contre des idées reçues, lieux non accessibles …) ?
J’ai fréquenté des établissements spécialisés en internat jusqu’au BTS où tout était pensé et aménagé pour nous permettre de poursuivre une scolarité la plus « normale » possible.
Les difficultés sont apparues lors de mon entrée à l’université. Elles étaient tout d’abord matérielles, pratiques et financières : Trouver un logement adapté proche de la fac, trouver des fonds pour acheter un ordinateur et un bureau adapté, faire concorder et financer les interventions d’une auxiliaire de vie avec un emploi du temps souvent changeant, gérer les contraintes liées au transport (un vrai casse-tête, surtout que je n’habitais pas à coté de la fac), trouver une aide humaine présente à mes côtés pendant les cours (les AVS n’existaient pas encore) et pour que tout ça fonctionne je passais mon temps à rechercher et à justifier des financements auprès des différentes administrations (qui sont attribués au compte-gouttes ponctuellement ou sur une courte durée).
Au sein de l’université par contre j’ai été très bien accepté par tous. En revanche l’accessibilité de certains amphithéâtres, de salles de TP ou de TD rendent les cours difficiles voire impossibles à suivre. Quant aux partiels et aux examens, leurs organisations pour un étudiant ayant besoin de parler à son secrétaire (dans une salle seuls avec un surveillant) et bénéficiant d’un tiers-temps supplémentaire, relèvent bien souvent des 12 travaux d’Hercule.
J’avais trop de choses à gérer, du coup, après le DEUG je n’ai pas souhaité continuer.
Parlez-nous de votre parcours professionnels. 
Il m’a fallu attendre plus de 15 ans avant de pouvoir occuper mon premier emploi. Il était plus que temps !
Avez-vous bénéficiez d’aides propre à l’accompagnement des personnes handicapées dans le monde du travail ? Que pensez-vous des offres d’aides existantes ?
Entre le CAP EMPLOI, la médecine du travail, les spécialistes en ergonomie et l’AGEFIPH, j’ai perdu 2 ans pour pas grand-chose.
Les offres d’aides actuelles sont clairement insuffisantes et n’intègrent pas la personne aidée dans sa globalité.

 
Comment est perçu votre handicap dans votre milieu professionnel (collègues, clients, …) ?
L’image que l’on renvoie est propre à chaque individu en dépit de son handicap. En toute modestie je pense renvoyer une image positive de moi et je ne me sens pas différents de mes collègues ; en tout cas je n’ai jamais ressenti de comportements condescendants à mon égard.
Quels sont selon vous aujourd’hui les principaux freins que peut rencontrer une personne handicapée pour accéder à l’emploi ? Et en tant que salarié ?
Il y a pléthore d’obstacles sur le chemin de l’emploi pour une personne en situation de handicap, à commencer par l’accès, à une scolarité en milieu ordinaire, aux formations diplômantes et à l’information difficile.
Ensuite les contraintes liées à l’accès aux transports publics, aux loisirs, aux bâtiments publics et privés, à un logement adapté et aux services spécialisés sont autant de barrières qui enferment ses dernières et les isolent, les rendant invisibles pour le reste de la société.
Enfin les dispositifs étatiques visant à permettre notre intégration dans le monde du travail sont si fastidieux et si longs à mettre en place, qu’ils découragent bien trop souvent les employeurs, les candidats et les porteurs de projets.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une personne handicapée peinant à trouver un empli ?

  • Armez vous de patience et ne vous découragez pas.
  • Croyez en votre potentiel et mettez en avant vos atouts.
  • Si vous avez une idée développez la et créer votre propre emploi. Formez vous au besoin car de nombreuses aides existent.
  • Sachez bien vous entourer.
  • Faites de votre différence une force.

 

Merci beaucoup Mohamed. Merci à vous.

Zoubida Mansouri

Zoubida Mansouri

Chargée de Communication

En charge de la communication au sein de CLE'O Group. Passionnée par les images et les mots, accro au web et artiste à mes heures perdues.

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